Gants de travail : haut les mains !

Le travail manuel a cela de noble qu’il mobilise les capacités inhérentes à la personne, et ne compte pas (que) sur la performance et la technicité d’outils divers. Le potentiel inné des travailleurs est en effet nécessaire à l’exécution de travaux délicats, et bien des secteurs ne peuvent se passer de l’expertise et de la précision des mains de l’Homme.

Manutention, chimie, soudage, agroalimentaire, bâtiment, espaces verts, les secteurs sont aussi nombreux que les risques qui s’y rattachent. Pour porter un meuble, empiler des moellons ou débarrasser les branches d’un arbre fraîchement coupé, rien de tel qu’un peu d’huile de coude, deux mains et une paire de gants. Mais pas n’importe laquelle !

Une autre paire de manches

Les dangers diffèrent d’une application à une autre. Jamais un déménageur ne saurait enfiler les gants d’un laborantin, comme un bûcheron ne pourrait se contenter de ceux d’un agent d’entretien. Les spécificités propres à chaque métier déterminent le type d’équipement à adopter.

Il existe en outre plusieurs normes qui définissent les caractéristiques des gants selon leur destination. Si la forme générique est identique, les variantes sont multiples et s’adaptent à l’usage qui leur est réservé. Mais au-delà de la structure physique, ce sont les attributs sécuritaires du gant qui revêtent une importance fondamentale.

Attention, danger

En tant qu’équipements de protection individuelle, les gants « protègent la main ou une partie de la main contre certains dangers ». La notion de danger peut être subjective, mais lorsqu’il s’agit de l’intégrité physique des personnes concernées, alors elle est strictement définie.

Gants de protectionLa Directive 89/656/CEE établit notamment que les employeurs doivent chercher à endiguer les risques avant d’imposer le port d’équipements à leurs salariés. Les EPI doivent en effet rester un recours ultime, valable seulement si les risques inhérents au poste de travail n’ont pas pu être éliminés. Une fois le risque identifié, l’employeur est tenu d’en informer ses salariés, de leur fournir les équipements nécessaires et d’assurer la formation qui s’y rapporte le cas échéant, et de vérifier que l’usage qui en est fait correspond aux préconisations du fabricant.

La Directive EPI s’attache par ailleurs à classer les gants de protection selon le risque auquel ils sont confrontés. Elle distingue les gants d’usage courant, destinés aux risques mineurs uniquement, les gants d’usage intermédiaire et les gants d’usage complexe pour les risques mortels ou irréversibles. Non, la protection des mains, ça ne rigole pas.

A chacun sa chacune

La main est le premier outil de l’Homme et doit à ce titre bénéficier de la meilleure protection qui soit. Les normes qui précisent les différentes caractéristiques des gants selon leur usage sont régies par un système de classement qui témoigne de leur fiabilité –ou non dans telle ou telle situation.

Le niveau de performance des gants est généralement indiqué par un chiffre compris entre 0 et 4. Selon si la valeur est plus ou moins proche de zéro, le gant est plus ou moins qualifié. Attention cependant, une même paire ne peut regrouper tous les attributs. L’utilisateur doit veiller à ne pas s’éparpiller, au risque de perdre en performance là où elle est pourtant nécessaire. Il serait tout à fait irréaliste de miser sur une seule et même paire et d’en espérer une protection contre tous les risques qui puissent exister. Choisir sa paire de gants, c’est parvenir à un délicat compromis entre protection nécessaire, confort et fonctionnalité. Quoi qu’il en soit, la qualité prime sur la quantité, et en matière de sécurité, mieux vaut ne pas se rater.

Qui est qui ?

Chaque paire de gants est soumise à une batterie de tests grandeur nature. Rien de tel en effet qu’une immersion en conditions réelles pour juger de l’efficacité des gants en situation professionnelle.

Avant toute considération un tant soit peu technique, la norme EN 420 pose les critères généraux applicables à tous les gants de protection. S’ils doivent garantir une totale innocuité à l’utilisateur, ils doivent aussi faire l’objet de tests spécifiques et comporter toutes les informations relatives à leur fabricant, leur niveau de protection, leur conformité aux normes européennes, leur entretien et leurs conditions d’utilisation spécifiques. Une fois cette base acquise et certifiée, il convient de passer aux choses sérieuses.

Le risque mécanique

Risque mécanique

Un opérateur est confronté au risque mécanique dès lors qu’il manipule un objet, quel qu’il soit. Le seul contact d’un élément en mouvement avec une partie du corps suffit en effet à justifier le port d’un équipement de protection. Les dommages causés par l’abrasion, la coupure, la déchirure et la perforation peuvent être évités grâce aux gants spécifiquement développés pour résister à ce genre d’agressions. Leur niveau de résistance est établi dans la norme EN 388, à l’aide de tests visant à déterminer à quel moment ou en proie à quelle force ils cèdent et ne protègent plus l’utilisateur contre les risques mécaniques. La résistance à l’enlèvement progressif de matière en surface et à la rupture de la maille, autrement dit la résistance à l’abrasion et à la coupure, est mesurée au vu du nombre de cycles nécessaires pour parvenir à l’usure, ou à la coupure du gant. La résistance à la coupure est complétée par un test préconisé par la norme ISO 13997. De par leur composition, les gants usent prématurément les lames de test standard. Le niveau de protection est mesuré selon la force (en newtons) nécessaire pour couper l’échantillon. La résistance à la déchirure et à la perforation du gant obéit au même principe de force nécessaire pour déchirer ou perforer le gant. Plus la valeur est élevée, meilleure est la protection.

Le risque thermique (chaud)

Risque thermique (chaud)

Travailler au contact de la chaleur n’est pas chose agréable. Les conditions d’exercice ont un effet certain sur la productivité, et tout élément étranger constitue une menace pour l’intégrité du professionnel. Selon le secteur d’activité, les outils et matériaux manipulés, le risque est plus ou moins grand. Ceux qui œuvrent en cuisine, en atelier de soudage ou en fonderie sont en proie à une pénibilité avérée. Mais au-delà de leur confort au travail, c’est bel et bien leur sécurité qui est en jeu. La norme EN 407 a trait au risque thermique qui pèse sur les gants au contact de la chaleur et/ou du feu. Elle informe l’utilisateur quant à la résistance du gant à l’inflammabilité, à la chaleur et aux plus ou moins grosses projections de métal. Le risque d’inflammabilité est calculé selon le temps pendant lequel le gant brûle et se consume une fois la couche d’ignition supprimée. Attention, les coutures d’un gant dit anti-feu doivent résister au moins 15 secondes en proie aux flammes. La chaleur de contact est définie par la température (entre 100 et 500 degrés) à laquelle l’utilisateur ne ressent aucune douleur pendant au moins 15 secondes. La chaleur convective est quant à elle définie par le temps pendant lequel le gant retarde le transfert de chaleur d’une flamme jusqu’à la main de l’utilisateur. La chaleur radiante est, elle, définie par le temps pendant lequel le gant retarde le transfert de chaleur d’une source rayonnante jusqu’à la main de l’utilisateur. La résistance à de petites projections de métal est attestée selon la quantité nécessaire à l’augmentation de la température du gant, tandis que la résistance à de grosses projections de métal est attestée selon le poids du métal nécessaire à la détérioration (ramollissement ou perforation) du gant.

Le risque thermique (froid)

Risque thermique (froid)

L’ambiance thermique au travail est un enjeu capital pour la sécurité des professionnels. Outre quelques frissons et la désagréable sensation d’être constamment transi, le froid est à même de causer des dommages graves pour la santé. Le corps lutte en permanence pour maintenir sa température à 37 degrés. S’il n’y parvient pas, alors sa capacité à entreprendre une activité physique quelle qu’elle soit vient à manquer. Il est préconisé aux professionnels d’améliorer leur tolérance au froid en optant pour des gants de protection dédiés. Ceux qui fréquentent quotidiennement les chantiers extérieurs ou les chambres froides sont les premiers concernés. La norme EN 511 porte sur les gants à même de protéger l’utilisateur jusqu’à -50 degrés. Elle fait état de l’aptitude du gant à résister au froid convectif et de contact, ainsi que de sa capacité de perméabilité. La résistance au froid de convection est définie au regard des propriétés d’isolation thermique du gant. La résistance au froid de contact est quant à elle définie au regard de la résistance thermique du matériau au contact d’un objet froid. La perméabilité du gant est établie selon la pénétration d’eau –ou non après 30 minutes d’exposition, l’indice « 1 » correspondant à une imperméabilité certifiée. Il est inutile de cumuler les épaisseurs. La surprotection joue sur la dextérité de l’utilisateur. Plus le gant est épais, plus la main perd en souplesse ; les gestes sont moins précis, le travail potentiellement moins qualitatif.

Le risque chimique

Risque chimique

Les substances potentiellement dangereuses pour la peau sont nombreuses et présentes dans bien des secteurs. Le dommage cutané peut se matérialiser de plusieurs façons (irruptions cutanées, manifestations allergiques, brûlures, intoxications) et empêcher le professionnel d’œuvrer correctement, à plus ou moins long terme. Le choix de l’équipement adéquat est fonction du type de substance dont il faut se protéger. Selon sa nature et son degré de dangerosité, le gant n’est pas conçu dans le même matériau et n’a ni la même forme, ni la même épaisseur. Il est aussi essentiel de prendre en compte la durée du contact, la surface de la main exposée, la présence d’outils ou de matières susceptibles d’endommager les gants, la dextérité requise pour le travail, la morphologie, etc. Pour ce type de risque plus que pour n’importe quel autre, tout est question de détail. L’essentiel pour l’utilisateur est de porter un gant qui lui permette d’accomplir son travail sans contrainte, et en toute sécurité. La norme EN 374 traite des risques chimiques et biologiques et recense les tests visant à déterminer la résistance des gants à la dégradation (transformation des propriétés physiques en cas de contact avec un produit chimique), à la pénétration (passage d’un produit à travers le matériau ou les joints du gant) et à la perméation (diffusion d’un produit chimique à l’échelle moléculaire à travers le matériau du gant). Attention, aucune paire de gants n’assure une protection permanente contre un produit, ni ne résiste à toutes les substances qui soient. C’est pourquoi la démarche d’analyse en amont du choix du gant est capitale.

Le risque électrique

Risque électrique

L’électricité a la cote auprès des industries et du secteur tertiaire. Choisie pour sa parfaite adéquation aux impératifs de l’économie moderne, cette énergie peut aussi s’avérer redoutable pour la santé des personnes. De par son caractère invisible, l’électricité ne peut être correctement appréhendée. Sa présence immatérielle est d’autant plus dangereuse qu’elle n’incite pas les professionnels à prendre leurs précautions à son contact. Pourtant, le risque électrique est réel et ses effets vont bien au-delà de la châtaigne qu’on a tous eue en fouillant dans les prises ou en touchant la clôture du pré du voisin. Les professionnels qui œuvrent sur des tableaux électriques ou des lignes à haute tension risquent plus que deux ou trois chatouillis au bout des doigts. Le passage du courant électrique dans le corps peut en effet générer des maux d’intensité variable, depuis de faibles excitations musculaires jusqu’à l’arrêt cardiaque pur et simple. Les gants de protection électrique sont spécialement conçus pour protéger ceux qui travaillent au contact du danger. Les mains sont le premier vecteur de réception du courant électrique. Il convient pour cela de leur offrir une protection adéquate et fiable, pour être sûr de travailler en toute sécurité. La norme EN 60903 préconise le port de gants spécifiques pour tous ceux qui s’attèlent à des travaux électriques. Ce type d’EPI assure un niveau d’isolation tel qu’il empêche toute transmission du courant électrique (électrisation ou électrocution) jusque dans les membres de l’utilisateur, en cas de contact direct. Les gants isolants sont classés en six niveaux distincts, en fonction de la tension de laquelle ils protègent. Ils font également l’objet d’une classification selon leur propriété de résistance à certains éléments environnementaux (définis respectivement par une lettre spécifique). Les gants de protection électrique doivent être vérifiés tous les six mois au maximum. Ils doivent en outre être inspectés visuellement avant chaque utilisation : il est totalement IN-TER-DIT d’utiliser un gant qui présente un défaut d’étanchéité. Question de vie ou de mort. Pour de vrai.

Mieux vaut prévenir

Prendre les devants et opter (de sa propre initiative ou non) pour le port de gants de protection, c’est s’éviter les mauvaises surprises. Il faut être conscient que chaque environnement de travail a ses dangers propres, et qu’il n’en existe aucun qui garantisse une sécurité totale au professionnel. Les équipements de protection sont conçus de façon à répondre aux besoins du terrain et à assurer l’innocuité de l’espace de travail quel qu’il soit. Choisir délibérément de ne pas les porter, c’est choisir d’œuvrer avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ou plutôt des mains, et risquer de la voir tomber dès le premier faux mouvement ou la première anomalie aux alentours.

Si la sécurité au travail est un enjeu pour l’intégrité physique des personnes, c’est aussi un point stratégique pour la rentabilité des entreprises.  Les accidents liés aux mains représentent en effet près de 27% des arrêts de travail. Chacun doit désormais prendre ses responsabilités et faire du port de gants une pratique systématique.

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