Vapotage : ce qui change au 1er octobre

Le tabagisme a ses raisons que la santé ignore. Si certains prennent la cigarette pour un moyen de se rendre plus sociable et sympathique auprès de collègues fumeurs, d’autres en font un véritable antidépresseur, ou un prétexte encore, pour gagner des instants en toute tranquillité loin du brouhaha et des potins journaliers.

Quelle que soit la motivation de ceux qui font de la cigarette un rituel au quotidien, ils s’exposent, selon leur degré d’accoutumance et, de fait, la quantité de nicotine ingérée, à des risques sanitaires plus ou moins sévères. Une raison suffisante pour de nombreux consommateurs pour réduire, remplacer ou arrêter la cigarette et recouvrer ainsi un mode de vie plus sain.

C’est il y a une dizaine d’années qu’arrive sur le marché une concurrente redoutable venue détrôner la cigarette classique et convaincre les plus sceptiques quant aux retombées du tabac sur leur santé. La cigarette électronique, nouvel instrument destiné aux fumeurs en mal de tabagisme responsable, a rallié à sa cause les fumeurs à la recherche d’une alternative moins nocive. Parce qu’elle reprend le maniement de la cigarette industrielle, l’e-cigarette est une transition idéale pour réduire sa consommation sans ressentir le manque primaire du geste du fumeur. Grâce à sa teneur plus faible en nicotine, elle aide aussi pour ceux qui le souhaitent à arrêter de fumer sans sevrage brutal –et donc potentiellement sujet à échec sur le long terme.

Cigarettes électroniques

Si la législation relative au tabagisme est longtemps restée très permissive, elle s’est durcie ces dernières années en faveur d’un exercice plus restreint. La découverte des méfaits du tabagisme a été le point de départ d’amendements successifs visant à interdire la consommation de cigarettes dans certains lieux publics. Une façon de lutter contre une pratique sociale largement démocratisée, et de prévenir les effets sur la santé des non-consommateurs payant pourtant au prix fort l’inhalation de fumées toxiques à coups –entre autres de crises d’asthme, accidents cardiaques et cancers du poumon…

En 1991, la Loi Evin marque le début d’une nouvelle aire dans la lutte contre le tabagisme. Celle-ci fixe à 18 ans l’âge minimal en-deçà duquel la vente de tabac est interdite, entérine la hausse progressive du prix des cigarettes et réduit le périmètre alloué aux fumeurs dans les lieux publics. Il devient interdit de fumer dans le hall des gares et les transports, hormis dans les espaces strictement réservés à cet effet. Le décret de 2006 renforce l’encadrement du tabagisme et allonge la liste des lieux à usage collectif concernés par ladite interdiction. Les lieux fermés et couverts accueillant du public ou qui constituent des lieux de travail, les établissements de santé, les transports en commun, les enceintes d’écoles, collèges et lycées, et les établissements destinés à l’accueil, la formation et l’hébergement de mineurs deviennent ainsi des lieux officiellement non-fumeurs. Cette généralisation de l’interdiction de fumer à l’ensemble des lieux publics est une étape concrète vers la dénormalisation du tabagisme ; elle renverse la vapeur et fait du tabac un produit dangereux dont il faut s’émanciper.

La contrainte territoriale imputée aux fumeurs de cigarettes en a découragé bon nombre qui ont préféré passer à la version électronique… ou s’en passer tout court. Si les convertis à la e-cigarette ont fait le choix de maintenir leurs habitudes de fumeur (malgré tout !), ils ont également trouvé avec elle un moyen de contourner l’interdiction de fumer en vapotant dans les lieux mêmes concernés par la législation. La cigarette électronique, dispositif consistant à inspirer de la vapeur parfumée, s’est avérée un excellent remplaçant de sa version industrielle. Encore autorisée il y a peu partout où la cigarette était prohibée, elle était un moyen de conserver le geste et l’apport –conséquent ou non en nicotine des fumeurs dépendants.

Près de 10 ans jour pour jour après la loi anti-tabac, un décret étend l’interdiction au vapotage dans certains lieux publics. Applicable depuis ce 1er octobre 2017, il met la cigarette électronique hors d’état de nuire dans les établissements scolaires ou destinés à l’accueil des mineurs, les transports en commun et les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif. Comme pour la cigarette traditionnelle, cette nouvelle réglementation a pour objectifs de réduire la nuisance aux non-consommateurs et d’encourager l’arrêt complet et définitif du tabagisme. La fumée, même si elle sent bon le caramel ou la barbe à papa, est assortie de plusieurs composants toxiques, et reste donc particulièrement nocive pour quiconque en fait l’inhalation. Avec la mise en pratique de cette loi anti-vapotage, c’est la communauté des fumeurs dans son entier qui est mise sur la touche, avec désormais comme seule alternative à la consommation en zones restreintes l’arrêt pur et simple de la cigarette.

Interdiction de fumer et de vapoterSi certaines entreprises avaient tenté de pallier l’interdiction de la cigarette en créant des espaces fumeurs, rien dans cette nouvelle loi ne les contraint à en faire de même à l’attention des vapoteurs. Certains y voient une véritable régression : des vapoteurs « abstinents » de retour dans les aires fumeurs, emplies de nicotine et de fumées toxiques. Quant aux établissements publics non concernés par la mesure (hôtels, restaurants, discothèques), ils comptent sur le savoir-vivre de leurs clients adeptes de la vape qui, en tant qu’anciens fumeurs pour la plupart, reprendront volontiers l’habitude de sortir pour exprimer leur dépendance en toute impunité.

Il est à la discrétion des établissements qui ne sont pas visés par la législation de porter –ou non à leur règlement intérieur toute mention impliquant l’interdiction de la cigarette électronique dans leur enceinte. Il conviendra alors d’afficher clairement l’interdiction de vapoter –et le cas échéant ses conditions d’application à l’aide d’une signalisation dédiée. A défaut, le responsable du lieu est passible d’une amende de 68 euros. Les contrevenants pris à vapoter au sein d’espaces expressément concernés par la législation ou le règlement intérieur correspondant, s’exposent, eux, à une amende de 35 euros majorée à 150 en cas de retard de paiement.

Cette mesure s’inscrit dans la démarche de modernisation du système de santé initiée par le Gouvernement pour endiguer peu à peu le phénomène endémique du tabagisme. La France compte encore plus de 15 millions de fumeurs. La multiplication des législations relatives à la consommation de nicotine (interdiction de fumer dans les espaces publics, augmentation du prix du paquet de cigarettes, diffusion de messages publicitaires choc, etc.) a pour objectif de protéger la population de ses méfaits sur le long terme. Parce qu’il n’est de remède à la cigarette que son abandon le plus absolu.

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